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Bien choisir son couvert végétal

Emeric Heurtaut est agriculteur à Guignemicourt (80) sur l’exploitation familiale convertie à l’Agriculture de Conservation des Sols (ACS) depuis 15 ans. Également formateur dans le cadre des formations organisées par NORIAP, il partage son expérience et la manière dont il gère chez lui l’implantation des couverts végétaux… Autant de raisons qui plaident en faveur de cette approche !

 

Sur 160 hectares, Emeric Heurtaut produit du blé, du colza, du lin, des pois et de la vesce précédés par des cultures intermédiaires. Le sol de ses parcelles est ainsi couvert toute l’année. Selon lui, l’agriculture de conservation des sols (ACS) ne présente que des atouts, mais elle s’inscrit dans la durée ! A la fin de cet hiver pluvieux, les parcelles en ACS ont été les premières à être praticables pour engager cette nouvelle campagne 2020. Le couvert végétal a favorisé la circulation de l’eau dans le sol et le ressuyage n’a pas été gêné par les semelles de labour. Le semis direct favorise la portance des sols. 

 

La rotation des cultures et l'enchainement des couverts : des facteurs clés de l'ACS

La rotation des cultures et l’enchainement des couverts font partie des facteurs clé de réussite de l’ACS. Chaque culture bénéficie de l’apport de la précédente et prépare la réussite de la suivante. Mais comment bien choisir ses couverts ?

Ce choix, et donc l’achat des semences, se prépare bien en amont des semis car il se réfléchit et s’anticipe. C’est toute la difficulté de l’ACS. Emeric gère donc ses parcelles une par une, en fonction de la nature et de la profondeur du sol, du précédent cultural et de la culture à venir. 

Dans tous les cas, la règle est de constituer un mélange de variétés de plantes fasciculées et à racines pivotantes : « l’objectif est d’occuper tout l’espace du sol mais aussi au niveau aérien, on peut même choisir des espèces qui montent et d’autres qui rampent, pour faire de la biomasse et ainsi diminuer la pression adventices », explique Emeric Heurtaut.

 

Téléchargez notre guide : Bien composer son couvert en agriculture de  conservation

 

Adapter le choix du couvert à la situation

Après un colza, c’est la situation la plus simple ! On compte sur la repousse des graines pour obtenir un couvert. Ces repousses constituent un bon précédent pour le blé, car ses racines pivotantes ameublissent le sol. Le blé pourra ensuite être implanté en semis direct : « s’il n’y a que des repousses de colza, on peut s’abstenir d’intervenir avec du glyphosate, et détruire les repousses au moment du désherbage du blé, c’est-à-dire au stade 2 feuilles ». La culture sera ensuite conduite comme n’importe quelle autre parcelle de blé implantée sur un sol labouré. 

Pour ce qui est du choix du couvert pour les cultures de printemps, après du blé : vous pouvez comme Emeric choisir un mélange composé par exemple de radis, de moutarde, de trèfles, de pois, de vesce et d’avoine… La date de destruction de ce couvert dépendra ensuite de la culture suivante et de la méthode de semis, selon l’objectif poursuivi : « Si la volonté est de faire du semis direct, l’idée est de conserver le couvert le plus longtemps possible, et de le détruire chimiquement quelques jours avant le semis. L’autre option est de faire un léger travail de sol pour favoriser son réchauffement : dans ce cas le couvert devra être détruit plusieurs semaines avant »

Enfin, dernier conseil : il est important de favoriser une majorité de légumineuse avant une culture de graminées, et inversement. 

 

 Un rendement optimisé

Entre 7 et 13 quintaux de rendement en plus de blé par hectare : c’est l’écart mesuré en 2019 sur les essais couverts végétaux menés sur la station technique de Quevauvillers, selon que les parcelles de blé étaient associées à une culture intermédiaire, ou non. 

Quelles que soient les inter-cultures implantées (moutarde, féveroles trèfles d’Alexandrie+ Sarazin) entre la récolte et l’implantation du blé, de meilleurs rendements ont été obtenus. Ils étaient plus importants avec de la moutarde blanche semée en inter-culture. 

En Colza là encore, quelle que soit la culture associée (féveroles, vesces et Fenugrec, seules ou en association), les rendements des parcelles étaient tous supérieurs, jusqu’à 7 quintaux par hectare, par rapport aux parcelles témoins (38 q/ha contre 31 q/ha). Parmi les variétés de cultures associées à implanter entre les rangs de colza (à 45 cm), le choix s’était porté sur celles se détruisant le mieux pendant la période hivernale (Fenugrec + Fèveroles notamment ). 

Ces résultats ont conduit le service technique à poursuivre ces essais en 2020, autour de nouvelles associations de plantes (introduction d’un mélange lentille + fenugrec + trèfle d’Alexandrie), et à expérimenter de nouvelles techniques de désherbage pour permettre à ces cultures compagnes de donner tout leur potentiel dans le colza (moins d’herbicides au semis, voir plus du tout, et stratégie « tir à vue » en post levée en fonction des levées d’adventices).

 

En définitive : bien choisir son couvert végétal est la première clé de réussite en agriculture de conservation. C’est pourquoi le cycle de formation de deux jours, mis en place par NORIAP et financé par Vivea, porte sur cela, et sur la nutrition des plantes. Car bien nourris et saines, elles produisent mieux…

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